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Camille Franch Guerra Et Evan Gerard-Bourgeau

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Camille Franch-Guerra et Evan Bourgeau créent des installations dans lesquelles le spectateur peut s’interroger sur l’hétérogénéité d’un système de pensées et de créations. Ils explorent ensemble des territoires très différents les uns des autres pour embrasser un espace où le vivant - à travers des problématiques sociétales - est au cœur de leurs variations. L’anamnèse est fictive, réaliste, poétique et politique, avec ce désir de dévoiler des paysages qui sommeillent en chacun de nous. De la même manière qu’ils pourraient partager une paire de jumelles ou un carnet vierge, leur travail est une invitation métaphorique que l’on perçoit comme un événement sensitif. Entre 2015 et 2016 Evan écrit son mémoire de fin d’études sur le vecteur empathique d’une oeuvre d’art. Camille part en 2013 en résidence à Jingdezhen, en Chine. Elle étudie les notions d'espace et de temporalité en exploitant les paradoxes et leurs impacts au sein de la société.

 

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C’est à partir de notre vie quotidienne et surtout de ses mythes qui engendrent des mécanismes idéologiques et sémiologiques propres à notre société contemporaine que les artistes, sensitifs, perçoivent le monde. l’impact réel des données visuelles, sensorielles et physiques de nos sociétés sont des ponts à leur regard et reliant les paradoxes, les anomalies, ils mènent des projets empreints de cette fascination de l’espace et surtout de la notion d’« hétérotopie ». Moteur animant leurs recherches sur ces formes de matérialisation de l’empreinte de l’homme dans les sociétés.

Explorant donc l’espace, autant dans ses significations scientifiques que sociologiques ; et de temporalité, ils construisent des situations qu’ils nomment «paysage intermédiaire». 

Camille et Evan nous proposent une étude plastique d’un espace, alors devenu paysage ( et ils insisteront sur cette notion dans leur travail notamment dans les indexes pérecquiens de Camille). 

L’espace reprend alors sa puissance étymologique grecque ; c’est à dire qu’il devient un terrain d’expérience, immuable ou bien éphémère. En tout cas reconductible, provisoire, instantané, expérimental, renouvelable. Si leur processus de travail intègre l’objet, c’est d’abord parce qu’il porte en lui la trace, la mémoire de l’homme avec sa nature «pourtant stable». Ils vont chercher avec la foi d’un voyageur, la poésie de l’objet et du lieu topique, qui offre avec cette même force de recherche cette unicité politique et culturelle aux allusions mythologiques dénotant la vie.

Une allégorie du vivant. La beauté et sa laideur ou séparément regardés. Le double monde ; leurs intérêts pour l’immersion. la vie, la mort, bien sûr, la métaphysique qui surgit de l’objet et des cavités ô combien creuses du crâne humain.  L’intelligence de ces artistes réside dans l’ambiguïté de leurs réalisations protéiformes opérant la critique d’une saturation de sensations à laquelle notre corps n’échappe plus et soustrayant peut-être la poésie et la force intelligible de l’instant. en opérant des allers-retours entre le réel et la fiction, par des systèmes métaphoriques, ils se jouent du réel et rendent flou l’origine-même des choses pour faire ressortir parfois en couture brodée, un humour noir. 

Le monde d’une globalisation grandissante vacillant entre tragédie et absurdité ; dramaturgie en tout cas. Autant dans leurs processus créatif que dans sa retranscription plastique, ils déploient un rébus inspiré de sources documentaires, historiques, artistiques et mythologiques qui ne se perdent pas dans un bazar d’images et d’objets, mais construisent un espace logique, en laissant un souffle symbolique, quasi-mystique de l’expérience.

 

Expérience dans le sens où le processus créatif comprend le vécu du déplacement : par la marche et la recherche de lieux ; l’exercice de la récolte de choses : objets, images propre à l’espace révélé et l’élaboration d’un inventaire : issu d’un carnet de notes dont la conscience est animiste plus que scientifique. 

La retranscription plastique par l’installation réunie ces éléments et celui qui les perçoit au sein d’un même lieu, se charge de les faire fonctionner dans un système d’échanges et de corrélations propre à cette expérience. 

L’inventaire est le résultat de ces collectes-enquêtes ; il leurs permettent de classer les entités tangiblement fragiles autant que de structurer leur pensée. C’est alors que ces récits qui se constituent d’objets, d’images prélevées, deviennent les supports d’une mémoire faillible, et, ils ont tous le désir de rendre au mouvement cinéplastique sa disposition à être une trace, une prise de forme du mouvement dans la marche, porteuse de sens et de revendication comme le soulève Thierry Davila.

 

Enfin, les artistes nous donne à voir leur désir de mise en espace de ces ponts intelligibles par le biais de l’installation, qui insiste sur l’événement comme une véritable immersion tentant de juxtaposer l’homme avec le système qu’il a lui même construit par ses dialectiques antroposociologiques. 

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